Tutorat

Question de M. Laurent Henquet à Mme Joëlle Milquet, vice-présidente et ministre de l’Éducation, de la Culture et de l’Enfance, intitulée «Tutorat»

03/03/2015

M. Laurent Henquet (MR). – La déclaration de politique communautaire stipule, en page 14, que «le gouvernement dynamisera les carrières enseignantes. Le métier d’enseignant doit redevenir attractif afin d’assurer la qualité de l’enseignement offert aux élèves.» Un des enjeux majeurs est également abordé: la lutte contre la pénurie d’enseignants.

Deux constats s’imposent: environ 40 % des enseignants quittent le métier au cours des cinq premières années et environ 20 % des départs ont lieu la première année. Une étude du FOREM conforte ces chiffres. Dans de nombreuses provinces, le vieillissement de la population enseignante devient inquiétant. Je ne citerai que deux exemples. Dans le bassin de Namur, la population enseignante de plus de 55 ans est de 13 %. Dans le bassin Hainaut-Centre, plus 2 000 professeurs sont âgés de 55 ans et plus. Le risque d’une pénurie est donc réel.

Force est de reconnaître que la déclaration de politique communautaire envisage des pistes théoriques de solution pour soutenir les enseignants. Parmi celles-ci, le gouvernement a affiché sa volonté de systématiser le tutorat pour accompagner les jeunes enseignants. Cette mesure n’est pas neutre budgétairement puisqu’elle nécessite de dégager du NTPP – nombre total de périodes professeurs – pour réaliser cette guidance.

Un budget est-il prévu pour atteindre vos objectifs? Dans le budget de 2015, je n’ai vu aucun poste relatif au tutorat. Quelles seraient les conditions pour accéder au statut de tuteur? Quel est votre calendrier pour réaliser ce projet?

Mme Joëlle Milquet, vice-présidente et ministre de l’Éducation, de la Culture et de l’Enfance. – Nous avons pris une mesure importante qu’il est bon de rappeler: les écoles peuvent désormais employer 30 % de leurs moyens de fonctionnement en personnel, tous postes confondus. Ces moyens peuvent donc être utilisés pour la remédiation ou le tutorat.

Nous souhaitons diversifier la fonction enseignante. Nous allons travailler en profondeur sur les fins de carrière et mieux soutenir les jeunes professeurs. Dans le cadre du Pacte d’excellence, après les vacances de Pâques, un groupe s’attèlera à travailler sur le parcours des enseignants. Par ailleurs, à court terme, pour la rentrée scolaire prochaine, nous devrions transmettre des recommandations claires pour améliorer l’accueil et le soutien des nouveaux enseignants. Certains établissements le font déjà avec intelligence, mais d’autres pas du tout.

Dans un second temps, nous prendrons des mesures pour diversifier les fonctions, notamment le tutorat. Des conditions seront définies et des NTPP attribués. Le tutorat s’inscrira dans la gestion des fins de carrière. Dès lors, des marges budgétaires pourraient être dégagées grâce à l’allongement de la carrière et le report, liés aux réformes fédérales dont nous ne sommes pas responsables, du système des mises en disponibilité pour convenances personnelles (DPPR).

M. Laurent Henquet (MR). – Madame la Ministre, je peux vous rejoindre sur une partie de vos propos, mais non sur l’essentiel de votre réponse.

Il est vrai que bon nombre d’écoles mettent en place des stratégies peu coûteuses pour assurer l’accueil et l’accompagnement des jeunes professeurs, mais ma question portait essentiellement sur le tutorat.

Vous avez étendu de 20 à 30 % la possibilité d’utiliser les subsides pour d’autres tâches, mais il faut savoir qu’il faut chauffer les écoles et les restaurer. On ne peut donc pas se servir de ces subsides pour créer une fonction telle que le tutorat.

Mme Joëlle Milquet, vice-présidente et ministre de l’Éducation, de la Culture et de l’Enfance. – Quand on optimalise les frais de fonctionnement, on dégage des marges pour investir dans le pédagogique.

M. Laurent Henquet (MR). – Allez dans les écoles, vous verrez que tout le monde essaye de gérer en bon père de famille et d’optimaliser les dépenses, mais, malgré tout, les fonds sont insuffisants.

Là où je ne vous rejoins pas du tout, c’est quand vous dites que vous liez l’allongement de la carrière aux mesures du fédéral. Ce n’est pas cela qui permettra à un professeur de sortir de sa classe et d’être tuteur

Je prends le cas d’un professeur plus âgé, qui a donc une expertise pédagogique plus importante. S’il doit continuer à travailler plus longtemps, ce n’est pas pour autant que je pourrai le sortir de sa classe, sinon je devrai engager quelqu’un pour le remplacer. Et cela coûtera en NTPP.

Mme Joëlle Milquet, vice-présidente et ministre de l’Éducation, de la Culture et de l’Enfance. – Vous n’avez pas compris ce que j’ai voulu dire. Pour le sortir de sa classe et lui permettre d’assurer une prestation qui n’est pas prévue dans le budget, il faut dégager des moyens, qui viendront notamment des marges que nous allons récupérer. Voilà ce que j’ai dit. Nous pourrons de cette manière autofinancer le système permettant aux professeurs de sortir de leur classe.

M. Laurent Henquet (MR). – Nous sommes donc bien d’accord, mais vous allez forcément devoir dégager une manne budgétaire supplémentaire.

En relisant le budget, je n’ai rien vu à la DO 52. J’ai effectivement trouvé un petit élément relatif au tutorat à la DO 58, mais cela concernait l’enseignement à distance. Je répète que je n’ai rien trouvé sur l’accueil et l’encadrement des jeunes professeurs.

Mme Joëlle Milquet, vice-présidente et ministre de l’Éducation, de la Culture et de l’Enfance. – Tout cela se trouve dans la masse NTPP.