Temps pédagogique des directeurs d’école

Question de M. Laurent Henquet à
Mme Joëlle Milquet, vice-présidente et ministre
de l’Éducation, de la Culture et de
l’Enfance, intitulée « Temps pédagogique
des directeurs d’école »

07/10/2014

NB: En l’absence de J. Milquet pour maladie c’est R. Madrane qui répond à la question.

 
M. Laurent Henquet (MR). – Le travail administratif
des directeurs d’établissement est énorme.
Nous devons signer des milliers de papier chaque
année. À titre d’exemple, nous devons signer les
grilles horaires de nos élèves. L’établissement dont
j’assure la direction compte 1 400 élèves. Comment
voulez-vous que nous signions et que nous
vérifions la pertinence de la composition de la
grille de chaque élève ? Ma secrétaire me présente
deux piles de papiers et je signe sans même regarder !

Je fais confiance à mon secrétariat. Nous
perdons des heures en signature. Pourquoi ne pas
en finir avec cette obligation ? Le vérificateur vous
dira qu’il s’agit d’une consigne de l’administration
de la Communauté française à laquelle on ne peut
déroger.
Les directeurs de l’enseignement primaire
doivent tenir le registre des présences des élèves
et des professeurs, confectionner les horaires, organiser
les événements comme les fancy-fair et les
spectacles, gérer les courriers – le nombre de documents
à renvoyer à la Communauté française est
hallucinant –, gérer les dossiers des membres du
personnel, les finances et les appels téléphoniques,
etc. Je rappelle que les directeurs du primaire ne
disposent pas de secrétariat et qu’ils se battent depuis
des années pour obtenir des aides administratives.
Tout ce travail se fait au détriment des tâches
pédagogiques, qui constituent la mission première
d’un directeur.
Mme Milquet s’est fixé pour objectif de faire
passer le temps consacré par les directeurs à leurs
tâches pédagogiques de cinq à cinquante pour
cent, dans le meilleur des cas. Ce faisant, elle
reconnaît implicitement que les tâches administratives
prennent pratiquement 95 pour cent du
temps de travail des directeurs. Si la ministre
avance des chiffres aussi précis, c’est qu’elle dispose
de solutions très concrètes pour alléger les
directeurs. À quelles tâches pense-t-elle ? Compte-t-
elle appliquer cette mesure dès septembre 2015 ?
M. Rachid Madrane, ministre de l’Aide à la
Jeunesse, des Maisons de justice et de la Promotion
de Bruxelles. – La ministre est consciente des
difficultés des directions d’écoles fondamentales,
soumises depuis de nombreuses années à une multiplication
des tâches administratives. Les missions
des directions d’écoles portent sur le relationnel,
l’administratif et le pédagogique. La ministre souhaite
que les directions d’école puissent rééquilibrer
ces missions afin qu’elles assument pleinement
leurs missions pédagogiques.
Avec ses collègues de la Fédération et de la Région
wallonne, elle s’est assuré du maintien des
aides actuelles en faveur des directions d’écoles
maternelles et primaires. Elle souhaite également
que les tâches administratives puissent être, quand
c’est possible, fortement diminuées.
Pour y parvenir, elle soutiendra rapidement
les réunions de simplification administrative entre
les administrations et les directions d’écoles. Ces
réunions constituent une réflexion commune sur la
forme de certaines tâches en vue de leur simplification.
Elles permettent aussi aux acteurs, particulièrement
les directions d’écoles, de se rencontrer
et, grâce à leur expertise de terrain, d’apporter un
éclairage indispensable aux services de l’administration.
À terme, cela contribue à l’évaluation de
la pertinence formelle d’outils administratifs.
En collaboration étroite avec l’administration
et avec l’aide des directions d’écoles fondamentales,
elle demandera un examen approfondi de
l’ensemble des tâches administratives. Sur cette
base, elle envisagera de supprimer ou de rationaliser
certains actes administratifs.
Par ailleurs, elle veillera à ce que toute nouvelle
mesure fasse l’objet d’une réflexion à la
source sur le plan des impacts administratifs
qu’elle génère. Ce réflexe d’efficience permettra de
ne pas perdre les effets pédagogiques positifs d’une
mesure à cause d’impacts administratifs trop importants
qu’elle pourrait présenter.
De plus, la ministre compte initier un plan de
simplification via la numérisation renforcée des
procédures et des rapports. Les outils informatiques
sont une aide très précieuse pour les directions
d’écoles. Une évaluation du programme de
signalétique des élèves (Siel) est en cours d’élaboration.
Il en ressort déjà une satisfaction des directions
d’écoles pilotes, qu’elle remercie de leur collaboration
constructive. Cet outil de gestion simplifiera
le comptage et l’administration des populations
scolaires, comme le permet dès aujourd’hui
l’outil informatique Primver pour le comptage et
l’encadrement.
Enfin, au regard des résultats de l’évaluation
de Siel, elle soutiendra les aménagements nécessaires
de ce programme de gestion et intensifiera
sa mise à disposition pour toutes les écoles. Elle
veillera aussi à ce que toute nouvelle mesure soit, à
la source, réfléchie en étroite collaboration avec les
services de l’administration quant au traitement
informatique qu’elle génère auprès des directions
d’écoles.
M. Laurent Henquet (MR). – Je ne peux que
me réjouir de ces mesures. Cela fait des années
que le ministère nous dit qu’il va simplifier l’administration,
ce qui me rend un peu sceptique.
Vous avez relevé les trois axes sur lesquels nous
devons travailler. Cela fait des décennies que j’entends
parler de cette simplification. C’est vrai que
l’informatisation permet parfois de simplifier un
peu les tâches, mais il faut savoir qu’elle les complexifie
aussi. Ainsi beaucoup plus de documents
nous parviennent, parce que par mail c’est bien
plus facile que par courrier.
J’attends donc que ces mesures soient mises
en place. Des secrétariats dits de direction ont été
créés précisément parce qu’il y avait un ras-le bol
de l’amoncellement de tâches administratives
à remplir. Sur le terrain, les secrétariats de direction
se sont réunis par province pour interpeller
l’administration sur le fait qu’ils sont débordés de
travail et pour lui transmettre des conseils. L’administration
a été très réceptive aux conseils du
terrain. J’apprécie donc votre intention déclarée
d’écouter d’abord le terrain et de tenir compte de
ses remarques.
Vous n’avez pas dit si la ministre comptait
mettre cela en place dès la rentrée 2015. Mais ce
qui me paraît très positif est qu’elle compte également,
pour les futures mesures, évaluer a priori
leur impact administratif. Je ne puis que la soutenir
dans cette décision. Ce serait bien qu’elle puisse
être appliquée au plus tôt.