Soutien aux élèves à haut potentiel

Question de M. Laurent Henquet à
Mme Joëlle Milquet, vice-présidente et mi-
nistre de l’Éducation, de la Culture et de
l’Enfance, intitulée « Soutien aux élèves à
haut potentiel »
07/11/2014
M. Laurent Henquet (MR).
La page 13 de la déclaration de politique communautaire
annonce très brièvement votre intention d’apporter
des réponses aux enfants à besoins spécifiques.
Vous écrivez notamment : « … Le gouvernement
veillera à ce que les besoins spécifiques de
tous les élèves soient pris en compte … ».
Dans ce passage, vous mettez l’accent sur les
jeunes handicapés et sur les élèves présentant des
troubles instrumentaux relevant du type 8. Ce der-
nier niveau de l’enseignement spécialisé prend en
compte l’hyperactivité, la dyslexie, la dysorthogra-
phie, la dysphasie… ou encore le bégaiement. Je
voulais attirer votre attention sur une autre ca-
tégorie d’enfants à besoins spécifiques : les élèves
dits à haut potentiel.
Ils sont cinq à dix pour cent à fréquenter
nos établissements scolaires, soit entre 40 000 et
80 000 enfants.
Ces enfants vivent une scolarité souvent chao-
tique parce qu’ils souffrent d’un trouble intérieur
dû au décalage entre leur âge chronologique et leur
âge psychologique. Ils préfèrent souvent fréquen-
ter des élèves plus âgés ou des adultes. Il n’est pas
rare qu’ils soient les derniers à quitter la salle de
cours; ils apprécient les discussions avec leurs pro-
fesseurs qu’ils jugent plus intéressants que leurs
condisciples.
Quoi qu’il en soit, ces jeunes sont souvent
aussi mal dans leur peau que les « dyslexiques »,
les « dysorthographiques », etc.
Hélas, aucune allusion n’est faite à ces jeunes
dans votre DPC. Malgré l’attention que les mi-
nistres Hazette et Simonet ont accordé à ce pro-
blème en mettant en lumière le vécu douloureux de
ces jeunes et de leur famille, nous devons constater
que les subsides pour les écoles ont fondu et que
les recherches universitaires en ce domaine sont
presque au point mort. Pourtant, comme le disait
la ministre Simonet, si l’on veut être efficace sur le
terrain, il faut que « les équipes éducatives soient
soutenues afin de pouvoir mener le nécessaire tra-
vail de différenciation dont ces élèves ont besoin ».
En conséquence, sur le terrain, les professeurs
et les parents essaient de combler ces lacunes avec
les moyens du bord, mais c’est souvent insuffi-
sant. Les familles n’ont d’autres solutions que de
se tourner vers des spécialistes privés, souvent as-
sez onéreux, ou vers des organismes de « coaching
scolaire » dont le nombre ne cesse de croître et qui
sont de qualité inégale.
Quelle est votre position vis-à-vis des enfants
à haut potentiel?
Comptez-vous refinancer les politiques de sou-
tien à cette problématique? Dans l’affirmative,
sous quelle forme et à quelles conditions?
Mme Joëlle Milquet, vice-présidente et mi-
nistre de l’Éducation, de la Culture et de l’Enfance.
– Une étude interuniversitaire sur les enfants et
adolescents à haut potentiel a été finalisée sous la
législature précédente. Ses résultats ont permis de
mettre en place différents projets en matière de for-
mation et de sensibilisation dans plusieurs établis-
sements.
L’étude souligne entre autres l’importance de
la relation avec les enseignants. L’enfant à haut po-
tentiel commence souvent par chercher auprès de
son ou ses professeurs des réponses aux questions
qu’il se pose.
D’après ces chercheurs, il est prioritaire de tra-
vailler à la sensibilisation et à la formation des en-
seignants. Selon l’hypothèse généralement admise
dans notre Fédération, il est préférable que ces en-
fants, tout en bénéficiant parfois d’un suivi spé-
cifique, restent dans un environnement classique,
avec une prise en charge suffisamment préparée et
adaptée afin de ne pas être confinés dans un cercle.
Il faut travailler les deux approches : être avec
d’autres jeunes de leur âge et bénéficier d’un sou-
tien et d’une stratégie spécifiques. Les chercheurs
préconisent aussi l’intégration des élèves à haut
potentiel dans le système scolaire traditionnel, à
condition d’organiser des formations spécifiques
pour les enseignants ainsi que des prises en charge
adaptées. Toute la logique de l’hétérogénéité inclu-
sive a été confirmée par la recherche. La logique
inclusive ne suffit cependant pas, il faut aussi une
réponse adaptée.
L’Agers a réalisé une excellente brochure in-
titulée « Enseigner aux élèves à haut potentiel »,
qui a été distribuée à l’ensemble des équipes éduca-
tives, aux acteurs du monde scolaire et aux centres
PMS. Ce document qui est également téléchar-
geable sur le site enseignement.be renseigne sur de
nombreuses personnes ressources et études.
Pour éviter que le jeune évoluant dans un en-
vironnement classique se sente en souffrance et
connaisse parfois des échecs étant donné le dé-
calage entre la maturité, le rapport à l’inclusion
sociale et son intellect qui demande autre chose,
tout un travail de sensibilisation des centres PMS
doit être fait. Actuellement, deux formations sont
organisées par l’Institut de formation en cours de
carrière. L’une, centrée sur l’identification et l’ac-
compagnement des élèves à haut potentiel, ex-
plique le concept, la manière de découvrir ces
élèves et de se comporter à leur égard. L’autre est
centrée sur la mise en place et l’approfondissement
de mesures pédagogiques adaptées pour permettre
le suivi à l’école, tout en prévoyant des complé-
ments afin de répondre aux intérêts et aux capaci-
tés de l’intéressé.
Ces deux dernières années, vingt sessions ont
été organisées, 390 membres du personnel ont été
formés. L’objectif est de faire découvrir la diversité
de la réalité que recouvre le concept « haut po-
tentiel » et de faire apparaître les profils scolaires
des jeunes en question, lesquels sont de différents
ordres, certains élèves sont en échec et d’autres
pas. Des prises en charge spécifiques sont néces-
saires au sein même de la population à haut po-
tentiel. Il faut amener les participants à trouver
des réponses appropriées et à travailler avec les fa-
milles.
Le Pass Inclusion, développé avec des acteurs
de terrain et actuellement expérimenté dans la
formation « Travailler collégialement au bénéfice
d’un élève en difficulté », concerne aussi les élèves
à haut potentiel.
J’ai soutenu un projet de l’asbl HP Saint-
Boni, lancé dans l’école Saint-Boniface située à
Bruxelles, qui vise la prise en charge spécifique
de 95 élèves à haut potentiel. Les résultats de ce
projet pilote financé par la Fédération ont été pré-
sentés le 4 novembre dernier. N’ayant pu être pré-
sente, j’ai demandé les procès-verbaux et les résu-
més. J’attends aussi le rapport d’activités qui sera
sans doute éclairant sur la manière de générali-
ser l’expérience, de renforcer les formations et de
fournir des outils aux autres établissements sco-
laires.
M. Laurent Henquet (MR).
Je me réjouis
que l’expérience menée à Saint-Boniface soit po-
sitive. À Namur, nous collaborions avec l’Univer-
sité où le ministre Hazette avait créé en 2004 un
département spécifique et où des psychologues se
rendaient dans les écoles pour aider les enfants à
haut potentiel et aussi former les enseignants. La
formation initiale des professeurs et des institu-
teurs n’aborde pas suffisamment cette probléma-
tique qui touche pourtant cinq à dix pour cent des
enfants, soit entre 40 et 80 000 enfants.
Vu le nombre élevé d’enfants touchés par cette
particularité, pourquoi ne pas étendre cette expé-
rience à toutes les écoles ?