Nouvelles grilles de cours théoriques en troisième QP

Question de M. Laurent Henquet à Mme Joëlle Milquet, vice-présidente et ministre de l’Éducation, de la Culture et de l’Enfance, intitulée «Nouvelles grilles de cours théoriques en troisième QP»

12/05/2015

M. Laurent Henquet (MR). – Voici une quinzaine de jours, vous nous relatiez votre voyage au Canada d’où vous reveniez enchantée, notamment parce qu’il existe là-bas une réelle autonomie des directions. J’avais saisi l’occasion pour vous demander si vous envisagiez d’élargir cette autonomie au niveau de la Fédération Wallonie-Bruxelles, entre autres dans le cadre de la nouvelle grille horaire des cours théoriques en 3e qualification professionnelle. On sait en effet qu’à partir de septembre 2016, on va relever de 9 à 16 heures les cours généraux et ramener les cours de pratique professionnelle de 22 à 16 heures.

Les cours supplémentaires théoriques sont les langues, le français, les mathématiques et les sciences et ils remplaceront les cours pratiques en vue d’améliorer les connaissances générales des élèves.

Vous avez souvent évoqué l’autonomie des directions et la confiance aux enseignants comme étant des éléments fondamentaux permettant un meilleur fonctionnement de notre système scolaire, et je vous donne raison.

De nouveau, après avoir consulté les acteurs de terrain, je constate que certains directeurs trouveraient plus intelligent, plutôt que d’imposer un canevas spécifique pour les cours de mathématiques, de langues, de français et de sciences, de pouvoir les adapter en fonction des options que chacun organise. Il serait selon moi plus judicieux pour la formation des élèves qu’une école professionnelle qui organise la coiffure puisse, par exemple, mettre l’accent sur l’expression orale et donc privilégier les cours de français plutôt que de soumettre les élèves à des équations du second degré en mathématiques. À l’inverse, une école qui organise une option en travaux de bureaux pourrait mettre les langues en exergue, sans nécessairement relever les heures de mathématiques.

Êtes-vous prête, dans le cadre de cet ajout théorique de sept heures de cours, à laisser les écoles décider de développer certains cours en fonction des besoins liés aux options organisées?

En faisant un rapide calcul, on voit bien qu’en augmentant la théorie de sept heures et en diminuant la pratique de six heures,  on ajoute une heure. Les écoles vont-elles donc devoir fonctionner avec le même nombre d’heures NTPP ou allez-vous octroyer une heure supplémentaire?

Quelle charge budgétaire cela représente-t-il? On parlera bientôt de l’ajustement budgétaire. Or, lorsque cette réforme sera en application en septembre 2016, il est certain que cela risque de coûter beaucoup plus cher à la Communauté française. Il faudra augmenter le nombre de professeurs de cours généraux. Or on sait qu’il y a une pénurie à ce niveau. Les directions craignent donc que l’on ne trouve pas ces professeurs pour assurer ces heures de cours.

Par ailleurs, on va diminuer la formation pratique et mettre en disponibilité les professeurs de pratique professionnelle, et notre Fédération devra donc payer deux professeurs pour un  seul poste.

Mme Joëlle Milquet, vice-présidente et ministre de l’Éducation, de la Culture et de l’Enfance. – Vous indiquez que la réforme des grilles horaires au deuxième degré professionnel prévoit sept heures de cours généraux en plus et six heures de pratique en moins.

L’idée est aussi d’améliorer la qualité à l’avenir, pour répondre à une demande par rapport aux connaissances minimales de base, notamment en langues et en français.

En fait, le décret prévoit quinze heures de formation commune, au lieu d’un minimum de neuf, soit une augmentation de six heures pour les écoles qui appliquaient le minimum. Certaines organisent déjà actuellement des cours de langues et de mathématiques, soit dans les activités au choix de l’école soit au sein de l’option de base groupée.

Dans ces cas, il suffit de faire glisser ces heures dans la formation commune, pour répondre au prescrit du décret, ce qui n’entraîne aucune modification réelle des attributions. Les cours pratiques étaient de dix-huit heures minimum et devront se situer entre seize et vingt heures. Il n’y a donc pas de diminution à ce niveau.

Par conséquent, je n’envisage pas d’octroyer de NTPP – nombre total de périodes professeurs – supplémentaire. Je n’en ai pas les moyens. Chaque réseau d’enseignement élabore au mieux ses cadres de référence au sein desquels les pouvoirs organisateurs ou leurs délégués et les chefs d’établissement conservent une certaine liberté, puisque les grilles sont proposées avec des fourchettes d’heures.

Le report d’un an de l’entrée en vigueur de ces grilles, à ma demande, permet à chaque réseau et à chaque pouvoir organisateur de s’organiser au mieux pour la rentrée de 2016.

Par contre, il n’est pas envisageable de laisser chaque école décider quels cours généraux doivent être enseignés. D’abord, les savoirs, les aptitudes et les compétences techniques qu’exige aujourd’hui l’exercice de tous les métiers incluent, outre des gestes professionnels, des compétences de communication dans d’autres langues que le français, des outils mathématiques et scientifiques, ainsi que des compétences sociales. De plus, il arrive fréquemment que les élèves de troisième professionnelle n’aient pas encore fermement défini leur choix d’option et nombreux sont ceux qui se réorienteront, avec une attestation D, vers une quatrième professionnelle, dans une autre option parfois très éloignée de celle suivie en troisième. Avec votre proposition, l’élève se retrouverait alors dans la deuxième année du degré sans avoir suivi certains cours généraux de la première année de ce degré.

M. Laurent Henquet (MR). – Je suis heureux d’apprendre qu’en fait, quinze heures de cours généraux sont prévues et non pas seize. Il faudrait peut-être envoyer une note dans les établissements scolaires parce que, la semaine dernière, j’ai rencontré des directeurs d’établissements qualifiants qui n’étaient toujours pas au courant de cette mesure.

Vous dites que vous n’allez pas laisser l’autonomie aux écoles. Je trouve cela assez surprenant. En effet, il y a quinze jours je vous ai interrogée sur le choix des six heures supplémentaires de cours généraux. Vous m’avez d’abord répondu que c’était une bonne idée. Quinze jours après, vous dites qu’on ne laissera pas le choix aux écoles.

Je tiens quand même à vous rappeler que les élèves ont déjà neuf heures de formation de base. Votre disposition les amènera à quinze heures de cours généraux. Je ne vois pas où est le problème et en quoi la formation générale en subirait des conséquences négatives si, en fonction des spécificités que chaque école organise, on ramenait le cours de mathématiques de trois heures à deux.

Les enfants qui arrivent en troisième professionnelle sont des enfants qui en ont assez de suivre un programme de cours généraux, tel qu’imposé dans le premier degré. Si vous l’augmentez dans une trop large proportion, cette filière  professionnelle risque de ne plus correspondre à leur  envie de base.

Il faut assurer un lien direct entre les cours généraux que suivent ces élèves et la formation pratique qu’ils reçoivent. Je cite l’exemple d’une coiffeuse qui est amenée à s’entretenir beaucoup avec ses clients. Il est évident que, dans ce cas, quelques heures de cours de français en plus sont les bienvenues. Il faut veiller à adapter la formation générale à la spécificité des filières professionnelles choisies. J’y vois une adaptation intelligente à la réalité. Et cela répondrait en même temps à votre volonté souvent affirmée de laisser l’autonomie aux directions.

Mme Joëlle Milquet, vice-présidente et ministre de l’Éducation, de la Culture et de l’Enfance. – Ce n’est pas ce que je dis. Évidemment, les cours de mathématiques sont adaptés à la pratique suivie. La spécificité et l’autonomie sont assurés. Mais si l’on considère qu’il faut améliorer les cours de mathématiques et de français, ainsi que les cours de langues étrangères, c’est parce que l’on se rend compte qu’il s’agit d’un besoin pour tout le monde. On ne va pas laisser la possibilité de choisir de faire du français au lieu des mathématiques, ou de faire des mathématiques au lieu de suivre des cours de langues.

Évidemment, le contenu doit être adapté à la pratique, tout en respectant l’autonomie. Un rapport a été publié au niveau européen. Savez-vous combien de citoyens, en Belgique, se retrouveront demain dans des métiers non qualifiés? Moins de quatre pour cent. Les métiers techniques demandent de plus en plus de qualifications. Mais cela doit être adapté à la pratique. Ce n’est pas de l’algèbre désincarné.

M. Laurent Henquet (MR). – De toute façon, les professeurs et les programmes le prévoient. Ainsi, en troisième professionnelle mécanique automobile, le cours de mathématiques est forcément adapté à ce que les élèves vont faire. Ce que je vous disais, c’est de laisser l’autonomie dans les heures que vous voulez ajouter. Je ne conteste pas le fait que les élèves aient à présent quinze heures de cours d’enseignement général. Mais dans les six heures qu’on vient d’ajouter, il faut laisser aux directions la possibilité de choisir en fonction de la spécificité technique organisée par l’école. Toutes les directions se rejoignent sur le fait qu’il est important qu’il y ait un peu plus de mathématiques et de français. Et dans ces heures, elles vont même organiser un cours de citoyenneté dans le cadre du cours de français.

Par contre, j’ai des doutes sur le cours de langues. Les élèves qui suivent les cours de mécanique automobile à Namur n’auront, pour la plupart, pas besoin du cours de néerlandais. Les cours de langues posent, selon moi, un problème.

Mme Joëlle Milquet, vice-présidente et ministre de l’Éducation, de la Culture et de l’Enfance. – Ne pratiquons pas le nivellement par le bas pour nos jeunes. Ceux-ci doivent pouvoir lire un mode d’emploi en anglais, par exemple. On vit dans un monde globalisé.

M. Laurent Henquet (MR). – Le mieux est l’ennemi du bien. À trop forcer la dose au niveau des cours théoriques, ce qui risque de se passer, c’est que des enfants qui en ont assez de ces cours quittent l’école. Et vous serez alors confrontée à la difficulté de les récupérer, de les encadrer, etc.