Modifications des grilles horaires en 3e QP

Question de M. Laurent Henquet à
Mme Joëlle Milquet, vice-présidente et ministre
de l’Éducation, de la Culture et
de l’Enfance, intitulée « Modifications des
grilles horaires en 3e QP »

07/10/2014

NB: En l’absence de J. Milquet pour maladie c’est R. Madrane qui répond à la question.

 

M. Laurent Henquet (MR). – L’Avenir du
21 octobre 2014 révélait les modifications annoncées
dans les grilles horaires des élèves de troisième
qualification professionnelle applicables dès
le 1er septembre 2015 et, parallèlement, le mécontentement
des chefs d’atelier.
Comme Mme Trachte l’a rappelé, il y a deux
changements fondamentaux : d’une part, les cours
théoriques en mathématiques, français, sciences
ou langues passent de neuf à seize périodes et,
d’autre part, les cours pratiques, appelés options
groupées, passent de vingt-deux à seize périodes.
Cette situation n’est pas optimale et pose au
moins trois problèmes.
En premier lieu, et cet aspect est le plus important,
la ministre de l’Enseignement nie à nouveau
l’intelligence plurielle. Cela m’étonne, car le
PS et le cdH se faisant souvent les chantres de la
différence. Je pense que vous avez raison pour de
nombreux secteurs. Comment expliquer dès lors
que l’on refuse les différences dans le secteur de
l’enfance et de l’adolescence ? Les enfants sont-ils
tous les mêmes ? N’y a-t-il pas une intelligence artistique
? En première secondaire, certains élèves
sont déjà complètement dégoûtés de l’enseignement
général et veulent passer dans l’enseignement
technique, artistique, professionnel ou sportif. Et
c’est très bien ainsi. La société a besoin de toutes
ces compétences pour fonctionner.
Les élèves inscrits en troisième année du professionnel
s’y retrouvent parce qu’ils ne voulaient
plus des cours généraux. Je m’étonne que l’on refuse
à ces enfants désireux de faire autre chose
de choisir les sections qui prévoient vingt-deux
heures de cours pratiques pour leur donner à nouveaux
des cours théoriques. C’est prendre le risque
de voir grossir les taux d’absentéisme scolaire car
les enfants qui ne se plaisent pas à l’école quittent
les écoles. Nous allons voir augmenter le décrochage
scolaire et les futures statistiques alarmeront
tout le monde. Le gouvernement en sera responsable.
En second lieu, comme le disait Mme Trachte,
l’augmentation conséquente du nombre de cours
généraux au détriment des cours pratiques va coûter
beaucoup plus cher à la Fédération Wallonie-
Bruxelles, pourtant en difficulté financière. En effet,
les sept heures supplémentaires de cours généraux
vont nécessiter l’engagement d’enseignants.
Et contrairement à ce qu’avançait Mme Trachte, il
n’y aura pas de transfert. Les professeurs de pratique
professionnelle ne pouvant pas être placés
ailleurs devront être mis en disponibilité s’ils sont
nommés et la FédérationWallonie-Bruxelles devra
les payer.
Le ministère devra ainsi payer des professeurs
de cours théoriques supplémentaires tout en maintenant
la rémunération des professeurs de cours de
pratique professionnelle qui seront mis en disponibilité
par défaut d’emploi. Dès lors, la Fédération
Wallonie-Bruxelles paiera deux professeurs pour
un seul poste occupé.
Enfin, les directions sont mécontentes parce
qu’elles n’ont pas été associées à ces décisions.
Pourtant la déclaration de politique communautaire
annonçait clairement le respect de l’autonomie
des directions. Les directions auraient préféré
choisir elles-mêmes la nature et la teneur des cours
qui constituent les grilles horaires en fonction des
profils des élèves, qu’elles connaissent bien.
Cette mesure ne contentant ni les élèves, ni
les professeurs, ni les directions, quel est donc son
sens ?
De plus, cette réforme, qui supprime six
heures de pratique pour ajouter sept heures de
théorie, va engendrer l’augmentation du volume
horaire global ; les élèves auront une heure de
cours supplémentaire, que la FédérationWallonie-
Bruxelles devra en outre financer.
La ministre va-t-elle augmenter le NTPP des
ces établissements ? Devront-ils puiser dans celui
qui leur est attribué ? Cette dernière solution serait
injuste pour les écoles qualifiantes qui ont déjà
atteint leur limite dans les affectations possibles.
Mme Milquet a-t-elle mesuré l’impact financier
de cette mesure dans les budgets, en y comprenant
l’engagement des nouveaux professeurs et
la mise en disponibilité d’autres ?
M. Rachid Madrane, ministre de l’Aide à
la Jeunesse, des Maisons de justice et de la Promotion
de Bruxelles. – Madame, monsieur, vous
faites référence au décret du 5 décembre 2013 modifiant
les grilles horaires dans la section de qualification
de l’enseignement secondaire ordinaire et
organisant les stages dans l’enseignement secondaire
ordinaire de plein exercice et dans l’enseignement
secondaire spécialisé de formes 3 et 4. Les
nouvelles grilles horaires seront progressivement
appliquées. Elles devaient être effectives le 1er septembre
2014 pour les troisième, cinquième et septièmes
années mais les pouvoirs organisateurs ont
demandé leur report au 1er septembre 2015.
Pour les stages, le décret s’applique depuis la
rentrée 2014. Les objectifs généraux de ce décret
sont : le renforcement de la part de la formation
générale, indispensable à l’élève tant pour acquérir
les compétences et savoirs en matière de citoyenneté
et de poursuite des études supérieures
que pour sa formation qualifiante ; la généralisation
progressive des stages en milieu professionnel.
La revalorisation de l’enseignement qualifiant
s’inscrit dans le contexte de sa refondation. Celle-ci
a largement commencé durant deux dernières
législatures et va se poursuivre au même rythme
sous la présente législature. La ministre rappelle
qu’ont déjà débuté : la mise en place des centres
de technologies avancées (CTA) et des centres de
compétences et de références ; la mise en oeuvre des
instances de pilotages inter-réseaux de l’enseignement
qualifiant (Ipieq), des bassins de vie Enseignement
qualifiant-Formation-Emploi et du Service
francophone des métiers et des qualifications
(SFMQ) ; enfin, la Certification par unités (CPU).
Deux nouveaux aménagements ont été engagés
: la révision des grilles horaires et la généralisation
des stages. Concernant la modification des
grilles horaires, la ministre considère qu’il ne peut
y avoir de formation d’excellence dans les humanités
professionnelles et techniques sans une formation
générale de qualité. Tout d’abord, les jeunes
en ont besoin pour devenir des acteurs sociaux
conscients et des citoyens responsables.
En outre trois éléments plaident pour un renforcement
de la formation générale. Premièrement,
les savoirs, les aptitudes et les compétences
professionnelles qu’exige aujourd’hui l’exercice
d’un métier incluent de plus en plus – outre
des gestes professionnels spécifiques –, des compétences
générales de communication, y compris
dans d’autres langues que le français. S’y ajoutent
des compétences rédactionnelles, mathématiques
et scientifiques, ainsi que des compétences dites
sociales comme respecter les codes ou observer
les procédures. Deuxièmement, la formation qualifiante
conduit à la délivrance du CESS, ce qui
suppose que le jeune puisse fréquenter avec des
chances de succès l’enseignement supérieur. Troisièmement,
comme les métiers évoluent rapidement,
les travailleurs appelés à relever les défis du
changement et de la mobilité dans leur carrière auront
besoin, tout au long de leur vie, de continuer
à apprendre en s’appuyant sur des socles de compétences
solides. Le renforcement des cours généraux
participera ainsi à la revalorisation de l’enseignement
qualifiant.
Comme vous le mentionnez dans vos introductions
respectives, la réforme des grilles horaires
vise principalement le second degré de l’enseignement
professionnel. Je vais d’ailleurs vous
remettre un canevas de grille horaire type pour
une troisième professionnelle. Vous verrez qu’il y
a une formation commune, une option de base
groupée et des activités au choix du pouvoir organisateur.
De nombreuses écoles qui en avaient
préalablement ressenti le besoin avaient déjà introduit
les langues modernes ou les mathématiques
dans leurs options.
Pour ces écoles, le décret implique simplement
un glissement de ces cours dans la formation commune.
Devenant certificatifs, ils auront donc plus
d’impact. On peut aussi espérer que les élèves y
porteront plus d’attention et que le rôle du professeur
s’en trouvera renforcé.
Ces établissements ne devront pas recruter
de nouveaux professeurs puisque ceux-ci y enseignent
déjà. Pour les autres écoles, le nouveau
décret permettant une certaine marge dans le créneau
horaire des cours de pratique professionnelle,
elles pourront organiser au maximum cette
fourchette pour limiter ou réduire totalement la
perte d’heures des professeurs de pratique.
Ainsi, dans votre exemple extrait de L’Avenir
du 21 octobre, le nombre d’heures de cours théoriques
passe de neuf à quinze heures – et non pas
seize heures comme vous l’indiquez. D’autre part,
vous mentionnez que le nombre d’heures de pratiques
est réduit de 22 à 16 heures mais le décret
permet de limiter la restriction à 20 heures, ce qui
induit une perte de deux heures de pratique – et
non de six heures – tout en respectant la plage horaire
globale de 31-36 heures. Cela nous donne
bien 35 heures, si on ajoute les 15 aux 20 heures.
En conclusion, la perte d’emploi pour les professeurs
de pratique peut être fortement limitée
d’autant que ces enseignants peuvent être affectés
à de la rémédiation, au soutien pédagogique,
à la mise à niveau d’élèves arrivant en cours de
formation en quatrième ou cinquième professionnelle,
et au suivi des stages. C’est une façon aisée
de requalifier le personnel dans ses domaines de
compétences et au sein de son pouvoir organisateur.
La ministre précise qu’en troisième professionnelle,
la formation en options de base groupées
peut être centrée sur plusieurs secteurs ou
groupes de métiers pour que l’élève les découvre
et s’oriente en connaissance de cause dans le cadre
de l’appel à projets des troisièmes professionnelles
orientantes.
Sur la base de la liste des options pour lesquelles
le gouvernement a rendu les stages obligatoires,
une première estimation du nombre
d’élèves concernés a été établie. De plus, l’Institut
wallon de l’évaluation, de la prospective et de
la statistique (Iweps) coordonne un groupe technique
pour analyser les besoins et les offres socioéconomiques
des différents bassins. Le décret prévoit
qu’au cas où un établissement peinerait à
trouver des lieux de stages suffisants, il informerait
l’instance de pilotage inter-réseaux de sa zone
dont la mission vise au redéploiement efficace de
l’offre d’enseignement qualifiant dans une perspective
de développement territorial. Les services
du gouvernement apporteront également leur soutien
aux établissements en recherche de stages.
Pour assurer une bonne qualité de stages, le
décret établit un cadre précis pour le type, la durée,
les objectifs, la qualité des lieux des stages et
le suivi des élèves tout en laissant des marges de
manoeuvre importantes au chef d’établissement.
Cette réponse étant technique, je vous propose
de vous remettre la réponse complète par écrit ou
le tableau de la grille horaire pour la troisième professionnelle.
M. Laurent Henquet (MR). – C’est peut-être
une question d’idéologie, mais j’ai l’impression
que la ministre est dans la stratosphère tandis que
moi j’ai les pieds sur terre. Je proposerai peut-être
à la ministre de visiter à nouveau une école de l’enseignement
qualifiant.
On peut toujours discuter sur le nombre
d’heures de cours généraux qu’il faut donner aux
élèves inscrits dans l’enseignement technique, professionnel
ou général. N’oublions pas toutefois
que les jeunes de troisième professionnelle ont déjà
passé deux à trois années dans le premier degré
avant d’être orientés vers le qualifiant parce qu’ils
étaient totalement démotivés par les cours généraux.
Doit-on continuer à leur imposer des cours
de français et de langues ou doit-on leur permettre
de suivre des cours qui les motivent davantage ? Le
projet risque selon moi d’augmenter très rapidement
le taux d’absentéisme. Je veux bien prendre
les paris.
Vouloir augmenter le nombre de cours généraux
en troisième professionnelle pour permettre à
ces élèves d’entrer dans l’enseignement supérieur,
c’est se leurrer. On sait très bien que l’enseignement
général est destiné aux élèves qui s’inscriront
ensuite dans l’enseignement supérieur. L’enseignement
technique est destiné aux enfants qui poursuivront
dans l’enseignement supérieur de type
court. Les élèves qui s’orientent vers l’enseignement
professionnel veulent entrer sur le marché du
travail après leurs études.
Par ailleurs, je comprends que les professeurs
de pratique professionnelle pourront diminuer de
trois ou quatre heures les cours pratiques mais
pourront donner des cours de remédiation. N’empêche,
les élèves auront cinq ou six heures de
cours généraux supplémentaires. Le volume horaire
de l’élève passera donc de 32 à 36 heures.
Qui va donner les heures NTPP à cet effet ? Si
vous maintenez les heures NTPP telles qu’elles
sont aujourd’hui, les directions d’écoles n’auront
d’autre choix que d’augmenter le nombre d’élèves
par classe. Je ne pense pas que ce soit la meilleure
solution et la réponse que vous donnez ne convient
pas au problème soulevé par ces professeurs.
Le temps politique n’est pas le temps scolaire.
Nous sommes bombardés de nouvelles réformes
et de nouveaux décrets qui se contredisent les uns
les autres. On n’attend pas que le premier soit
appliqué pour en faire l’évaluation et en adopter
un autre. Si on souhaite une gestion cohérente
de l’enseignement, il faut laisser du temps et non
constamment changer ce qui a été décidé antérieurement.
Or, au mois de septembre, Mme Milquet a annoncé
que dans deux ans il y aurait une réforme du
cycle inférieur – l’allongement du tronc commun –
en y incluant la troisième année de l’enseignement
professionnel. Aujourd’hui, soit un mois plus tard,
on nous parle de modifier cette même année l’an
prochain. Autrement dit les directeurs de l’enseignement
qualifiant et les élèves concernés devront
faire face à une modification dès le 1er septembre
2015 puis à une autre dans deux ans. Les écoles
ne s’en sortent pas car les ministres prennent trop
de décisions contradictoires.