Les métiers d’avenir

Question orale de M. Henquet à Mme Tillieux, Ministre de l’Emploi et de la Formation, sur « les métiers d’avenir »

20/01/2015

M. Henquet (MR). – En septembre 2013 – il y a un peu plus d’un an – le FOREm publiait un recueil prospectif identifiant les métiers d’avenir. C’est plus de 300 métiers qui ont été identifiés. Il y avait deux catégories de nouveaux métiers : les nouveaux métiers, à proprement parlé, ceux qui étaient réellement créés et ceux que l’on appelait « hybrides » qui reprenaient une partie des compétences d’autres métiers qui existaient antérieurement.

Il y a un an également, votre prédécesseur, notre actuel président du Parlement, à une réponse parlementaire, mettait aussi en évidence le fait que la plupart des nouveaux métiers relevaient et renvoyaient à des formations initiales. On pense à l’enseignement obligatoire, mais aussi à l’enseignement supérieur, plus qu’à des formations de seconde chance, telles qu’il les définissait.

Dès lors, il préconisait bien logiquement d’interpeller le monde scolaire, le monde de l’enseignement supérieur et, plus accessoirement, le monde de la formation professionnelle.

Ce même M. Antoine vantait également, il y a un an, les mérites de l’Alliance Emploi-Environnement, donc les métiers verts comme métiers d’avenir. Or, on a perçu, lors de l’analyse des budgets 2015, que les allocations dédiées à ces métiers d’avenir, ces métiers verts, étaient en diminution.

Enfin, toujours le même ancien ministre de la Formation précisait que ce recensement des métiers d’avenir, réalisé par le FOREm était déjà très complet, d’une très belle qualité et qu’il fallait donc peut-être passer à l’action.

De son côté, en parallèle, le service des métiers et des qualifications – la SFMQ – travaillait alors à la confection de référentiels métiers et formations. Ce même SFMQ, vous comptez maintenant l’intégrer dans le Consortium de validation des compétences.

Il semble, à présent, que tout est en place pour pouvoir passer à l’action. D’ailleurs, l’Administratrice générale du FOREm insistait récemment sur le fait qu’il est l’heure, pour les écoles, de s’emparer de ces nouveaux métiers et d’adapter leurs offres de formations, sous peine de reproduire la pénurie. Elle appelle à une configuration des filières scolaires et de formation en fonction de ces métiers tels qu’ils viennent d’être définis dans ce fascicule.

Par ailleurs, la Déclaration de politique régionale ne dit pas autre chose puisque, en page 9, elle stipule que « l’offre de formation professionnelle devra davantage cibler les métiers en demande et les métiers d’avenir ».

Madame la Ministre, je voulais vous poser cinq questions.

Premièrement, quelles sont les actions concrètes qui ont été menées depuis la publication du recueil prospectif « Métiers d’avenir » en septembre 2013 ?

Deuxièmement, une concertation concernant les métiers d’avenir a-t-elle eu lieu avec la ministre de l’Éducation, puisque c’est ce que l’on conseille ? Si oui, quelles sont les actions envisagées ? Si non, comptez-vous rencontrer la ministre de l’Enseignement et le ministre de l’Enseignement supérieur ?

Troisièmement, ne pensez-vous pas, à l’instar de votre prédécesseur, que les métiers verts sont effectivement des métiers d’avenir ? Si tel est le cas, pourquoi avoir sabré dans les budgets, même si je sais que l’on est en période de difficulté économique ?

Quatrièmement, la réflexion menée au sein du SFMQ s’est-elle intégrée à celle menée par le FOREm ou les services ont-ils travaillé en parallèle, ce que l’on dénonçait un petit peu tout à l’heure en disant qu’il y avait pléthore d’organismes qui travaillent en parallèle ? Ils seraient peut-être bien qu’on les rassemble.

Cinquièmement, l’offre de formations du FOREm et de l’IFAPME a-t-elle évolué favorablement vers ces fameux métiers d’avenir ? Si oui, pouvez-vous donner les exemples concrets de ces formations destinées à pouvoir s’exprimer dans les nouveaux métiers ?

Mme Tillieux, Ministre de l’Emploi et de la Formation. – Madame la Députée, Monsieur le Député, le FOREm a entamé, en 2013, une démarche visant à déterminer, à l’aide d’une approche globalisante et objectivante, les métiers d’avenir pour la Wallonie. Les analyses prospectives réalisées se veulent pragmatiques, elles doivent influencer l’offre de l’information, d’orientation du FOREm et de ses partenaires et favoriser le partenariat pour disposer des solutions. Il s’agit aussi d’informer le public largement.

Entre décembre 2013 et mars 2014, des ateliers pilotes, organisés par le FOREm, ont testé la méthode « Abylity2Perform » – A2P – pour cinq métiers : développeur web, expert sécurité informatique ou risk manager, ventiliste, nettoyeur/installateur de panneaux photovoltaïques, conseiller smart-grid. Ils ont invité, notamment, le Service francophone des métiers et des qualifications.

Qu’est-ce que la méthode A2P ? Chaque atelier organise, par métier, quatre séances d’animation de groupes d’experts. Après avoir défini le périmètre métier dans une perspective d’emploi, sont identifiés et priorisés les grands facteurs d’influence futurs. On examine ensuite les scénarios possibles de développement pour, enfin, définir les compétences clés qui seront à développer dans les trois à cinq ans.

Compte tenu des résultats intéressants obtenus à l’issue de ces ateliers pilotes au printemps 2014, il s’agit maintenant, cette année et l’année prochaine, d’élargir et d’intensifier ce travail d’analyse en profondeur à une trentaine de métiers.

L’animation sera assurée par des animateurs volontaires recrutés au sein du FOREm et des centres de compétence. Les analystes du FOREm fourniront aussi les informations de cadrage requises pour soutenir les experts et tenteront, dans la mesure des sources d’information disponible dans notre Région, d’appréhender les volumes en termes de postes concernés.

Les experts sont issus du monde de l’entreprise, des secteurs d’activités, mais aussi des pôles de compétitivité. Il s’agit également de personnes spécialisées dans l’observation des secteurs et des métiers. L’enseignement et le SFMQ sont parties prenantes du dispositif.

Dès que le comité de gestion du FOREm aura validé l’approche, les représentants de l’enseignement seront informés de la démarche. À cet égard, il est important de percevoir que l’initiative prospective mise en œuvre se centre sur les besoins des employeurs dans une logique business, et non dans une logique consistant à décliner des référentiels métiers ou formation « instituée ». La démarche vient donc totalement en amont des processus d’institutionnalisation des réponses en termes d’enseignement.

Le recueil prospectif sectoriel, mais surtout les ateliers prospectifs métiers, interviennent, par exemple, lors de dossiers de candidature des centres de compétence – on en parlait tout à l’heure – ou lors de réflexions menées par les IPIEQ – Instance de pilotage de l’enseignement qualifiant – et, bientôt, dans les bassins de vie, dans le cadre du redéploiement de l’offre d’enseignement sur les territoires ou la mise à jour de certaines formations. Pour ceux de Wallonie-Picarde à qui cela fera plaisir, je prendrai l’exemple du Conseiller en énergie.

Le FOREm a collaboré, lors de la précédente législature, dans le cadre des alliances emploi-environnement. On a beaucoup parlé des métiers verts. De manière transversale aux différents travaux entrepris, il apparaissait surtout pertinent de parler de « compétences vertes » plutôt que de métiers. L’analyse « Métiers d’avenir », en 2013, a d’ailleurs confirmé ce constat. Il existe très peu de « métiers verts » en tant que tels, c’est l’ensemble des métiers, si je puis m’exprimer ainsi, qui « verdissent ».

Dans la liste des ateliers à mener, des métiers verts particulier peuvent être notés comme « conseiller smart-grid », je vous le disais, nettoyeur de panneaux solaires, maraicher bio, conseiller énergie, responsable environnement, dépollueur, et cetera.

Ces métiers verts ont fait l’objet d’une attention particulière dans le cadre de l’Alliance Emploi-Environnement. Il est évident que les impulsions données alors vont se poursuivre dans le cadre de l’actuelle législature, puisque les formations développées ont intégré l’offre de formation générale qui se doit d’être actualisée, régulièrement, pour coller aux besoins.

Enfin, dans le cadre du plan Marshall 4.0, une attention particulière est réservée aux métiers d’avenir ou émergents, notamment identifiés par l’étude du FOREm.

En ce qui concerne le lien entre la formation professionnelle et l’enseignement, il convient, d’abord, de rappeler l’accord de coopération conclu le 20 mars 2014 entre la Région et Fédération Wallonie-Bruxelles, relatif à l’équipement mis à disposition dans le cadre de la refondation de l’enseignement qualifiant et à la collaboration entre les centres de technologies avancées et les centres de compétences. Ces derniers disposent, en effet, des moyens, des ressources en expertise, équipements et infrastructures qui leur permettent de rester à la pointe de l’évolution des métiers, voire de l’anticiper, à travers leur mission de veille.

L’accès à ces moyens et ressources représente, pour les élèves et les professeurs de l’enseignement qualifiant, une réelle opportunité d’inscrire leur parcours d’apprentissage dans une perspective d’avenir.

L’accord de coopération de mars 2014, relatif au développement de structures collectives d’enseignement supérieur, dédiées aux activités de formation continue et d’apprentissage tout au long de la vie, vise, en outre, à activer les synergies entre hautes écoles et universités, d’une part, et les opérateurs de formation professionnelle, d’autre part, pour assurer au public de l’enseignement supérieur, une offre de formation continue qui soit en phase avec les besoins de compétences actuels et futurs du marché.

Notons, par ailleurs, que des partenariats bilatéraux, entre acteurs de l’enseignement supérieur et de la formation professionnelle, notamment via les Centres de compétences, se sont noués et sans attendre l’accord, en vue de la mise en place de baccalauréats ou de certificats universitaires dans différents domaines comme les technologies du bois, le tourisme, la gestion des ressources humaines ou les motorisations propres. Le FOREm entend promouvoir davantage encore cette approche à l’avenir.

La veille et l’implémentation des résultats des analyses sur les métiers d’avenir dans l’offre de formation constituent une des principales missions des services du FOREm en charge du développement de l’offre de formation.

En ce qui concerne les travaux du SFMQ, le FOREm veille à alimenter les travaux des Commissions avec les éléments issus de ses réflexions sur les métiers d’avenir et ses travaux sur les métiers en général, d’ailleurs.

Il est évident, aussi, que ces travaux et réflexions ne sont pas menés en vase clos, mais en concertation avec les différentes parties prenantes. Au premier chef, les représentants et les experts des secteurs professionnels qui sont, par ailleurs, aussi, complètement impliqués dans le SFMQ.

Au niveau de l’IFAPME, l’offre de formation, en lien avec les métiers en pénurie de main-d’œuvre, se développe notamment autour de projets spécifiques ciblés pour les jeunes et pour les jeunes adultes.

Grâce aux conventions en matière d’enseignement et de formation qui ont été signées avec les secteurs professionnels, l’IFAPME possède aussi un levier pour avoir les informations de veille pertinentes sur l’évolution des métiers du secteur et leurs besoins en matière de compétence et de qualification de main-d’œuvre.

J’espère avoir répondu à l’ensemble de vos questions.

M. Henquet (MR). – C’est relativement rare pour le souligner : j’avais posé cinq questions et j’ai eu cinq réponses. Merci donc.

Je voulais simplement rappeler qu’il y a un lien direct entre la qualité de la formation, la qualité de l’enseignement et la prospérité économique d’une région. Prospérité économique qui est d’autant plus grande que l’on a des emplois qui sont sûrs, fermes et nombreux.

Je voudrais réinsister sur cette importante collaboration entre l’école et vous, au niveau de la formation et de l’emploi. Cela fait plusieurs fois que l’on a demandé si vous avez rencontré Mme Milquet. Souvenez-vous, nous avions déjà parlé de cela durant le premier trimestre, notamment, concernant l’impact de la diminution des points APE, dans les écoles. Les écoles, notamment les écoles primaires, vont-elles perdre ou pas des personnes qui viennent surveiller ?

Nous avions parlé, également, de cette collaboration, notamment lors des conseillers référents pour voir si l’on allait créer, sur base de ce que Mme Vanbockestal souhaitait. Maintenant, on en reparle ici. Ma crainte, comme toujours en politique, est que l’on en reste à de belles intentions et à de belles phrases et que cela ne se traduise pas dans les faits.

Mme Tillieux, Ministre de l’Emploi et de la Formation. – Avec les bassins de vie, je me permets de vous interrompre, je pense que nous sommes entrés dans une nouvelle réalité à déployer. Tout ne va pas fonctionner parfaitement, depuis le début, mais je pense que l’initiative est louable et que si les acteurs de terrain jouent bien le jeu, il y aura une belle coordination entre ces secteurs formations-emplois et le secteur de l’enseignement en entier, enseignement supérieur, comme enseignement ordinaire.

M. Henquet (MR). – Merci.