Les conséquences de l’ajustement budgétaire sur l’emploi wallon

QUESTION ORALE DE M. HENQUET À
MME TILLIEUX, MINISTRE DE L’EMPLOI ET DE LA FORMATION, SUR « LES CONSÉQUENCES DE L’AJUSTEMENT BUDGÉTAIRE
SUR L’EMPLOI WALLON »

12/11/2014

Mme la Présidente. – L’ordre du jour appelle les questions orales :
– de M. Hazée sur « l’impact du conclave budgétaire sur l’emploi » ;
– de M. Henquet sur « les conséquences de l’ajustement budgétaire sur l’emploi wallon », à Mme Tillieux, Ministre de l’Emploi et de la Formation.

Mme la Présidente. – La parole est à M. Henquet pour poser sa question.
M. Henquet (MR). – Je me demande si M. Hazée n’est pas allé regarder ma question dans le dossier du Greffe, car il a juste dit et écrit ce que moi-même j’avais écrit antérieurement.
M. Hazée (Ecolo). – Je n’imagine pas que cela soit possible.
M. Henquet (MR). – Mais je pense que M. Hazée a bien résumé la situation. Il est vrai que sur base d’un article de L’Écho, on estime à 5 000 emplois qui risquent d’être perdus en 2015. Quatre secteurs risquent d’être principalement touchés.
La construction, on en a parlé, je ne vais pas y revenir. Mille emplois risquent de passer à la trappe. Déjà depuis 2012, la construction passe de 65 000 postes à 59 000, c’est donc un secteur relativement touché. Les coupes prévues dans les budgets alloués aux subventions non réglementées et réglementées atteignent la somme de 87,7 millions d’euros. On risque de perdre là aussi 2 000 emplois. On en a parlé plusieurs fois dans différentes commissions, celle du budget ou même chez vous, la réduction de 1,5 % des titres APE, même ramenée à 0,4 %, comme vous le précisez chaque fois, risque de faire perdre 300 à 400 emplois.
Enfin, des efforts seront demandés dans la fonction publique et aux organismes d’intérêt public.
N’êtes-vous pas en totale contradiction avec l’objectif numéro un de la DPR, à savoir la création d’emplois et son maintien ?
Pouvez-vous confirmer, infirmer ou corriger les chiffres que je viens d’énoncer ?
Que comptez-vous faire pour tenter de redresser le secteur qui est le plus fortement touché, à savoir la construction ?
Mme Tillieux, Ministre de l’Emploi et de la Formation. – Messieurs les députés, les mesures prises, en matière budgétaire par le Gouvernement wallon, dans le cadre de l’élaboration de la trajectoire 2015-2019, visent au minimum, pour les compétences qui sont les miennes, à préserver l’emploi et à renforcer l’efficience des politiques existantes.
Le Gouvernement wallon a, dans cet esprit, sollicité de l’administration et des différents OIP – en l’occurrence, en ce qui relève de mes compétences, le FOREm et l’IFAPME – qu’ils mettent l’accent sur les mesures et actions concrètes de nature à soutenir efficacement l’emploi et la formation. Quand un effort budgétaire était à réaliser, il leur a été demandé de plutôt faire porter celui-ci sur les dépenses de fonctionnement.
Ainsi, même si les dotations des OIP sont concernées par les mesures d’économie, ces dernières ont été appliquées sur un montant de dotation indexé, ce qui n’avait plus été le cas depuis 2009.
Pour les choix opérés pour les crèches, les maisons de repos et les infrastructures sportives, je ne me prononcerai pas, puisque celles-ci relèvent des compétences de mes collègues.
Par contre, pour les investissements des OIP sous ma tutelle, ceux-ci ont été préservés, dès lors que des engagements juridiques avaient été conclus.
Soulignons qu’un nouveau centre de compétences dédié au secteur de la construction est sur le point d’être ouvert dans le Namurois, puisque vous en êtes issus tous les deux, et cela aux Isnes.
Il vient compléter les deux centres de compétences ConstruForm déjà en activité. L’objet de ces centres est de développer les compétences des travailleurs et futurs travailleurs de la construction pour rendre les entreprises du secteur plus performantes et leur permettre de s’adapter aux évolutions des technologies et de la construction durable.
Par ailleurs, je soutiens aussi la dynamique de l’introduction de clauses sociales dans les marchés publics initiés sous la précédente législature, en ceci qu’elle est de nature à contribuer à la lutte contre le dumping social et, par là même, à augmenter les chances des PME wallonnes de la construction de remporter les marchés publics.
Quant à l’effort budgétaire qui porte sur les aides à la promotion de l’emploi, vous le savez, elles portent sur un montant de 10 millions d’euros sur une enveloppe globale de près de 690 millions d’euros.
La diminution de la valeur du point, tous les calculs ayant été faits, aujourd’hui, est de l’ordre de 12 euros par point, ce qui ne devrait pas être de nature à fragiliser l’emploi.
Enfin, à l’occasion du transfert de compétences lié à la sixième réforme de l’État, je serai particulièrement attentive à la mise en place d’outils de pilotage efficaces qui devront permettre de mesurer l’efficacité des politiques menées, de les évaluer et d’assurer leur monitoring budgétaire.
Les partenaires sociaux seront en outre pleinement associés à l’évolution des politiques mises en place comme à l’implémentation des compétences transférées.
Il convient de rappeler qu’ils sont déjà présents dans les commissions consultatives et d’agrément des différents dispositifs comme au sein des comités de gestion des OIP, notamment du FOREm et de l’IFAPME.
Conformément à la Déclaration de politique régionale, nous irons, dès le début 2015, à la rencontre des partenaires sociaux pour leur proposer un pacte pour l’emploi et la formation, pacte qui devra permettre à chaque acteur du marché du travail de prendre pleinement ses responsabilités pour soutenir durablement l’emploi en Région wallonne.
M. Henquet (MR). – Je voudrais souligner les points positifs énoncés, à savoir cette volonté de développer des centres de compétence sur le Namurois qui permettra d’augmenter la performance dans la construction. Vous avez dit que vous allez prendre des mesures pour lutter contre le dumping social, que vous alliez faire un pacte de l’emploi avec les partenaires sociaux autour de la table. Tout cela est très bien ! Mais les chiffres parlent d’eux-mêmes, les responsables de la construction estiment que l’on a une chute du nombre d’emplois incontestable. Lutter contre le dumping social, en espérant que les entreprises wallonnes décrochent les marchés, c’est impeccable. Mais quand on voit le différentiel entre les remises de prix des sociétés polonaises ou par rapport aux sociétés belges, je ne sais pas ce que vous pourrez mettre en place, à moins de subsidier, mais vous ne pourrez pas puisqu’il y a une équité européenne.
Il y a des points positifs dans ce que vous dites, mais la traduction concrète n’est pas encore au rendez-vous. J’aurais attendu quelques réponses plus précises concernant les chiffres que nous avions énoncés – ce sera sans doute pour la prochaine fois.