Les codes comportementaux au travail

Question orale de M. Henquet à Mme Tillieux, Ministre de l’Emploi et de la Formation, sur « les codes comportementaux au travail »

24/02/2015

M. Henquet (MR). – Madame la Ministre, on en a parlé suffisamment, la problématique de l’emploi, notamment le taux de chômage des jeunes, reste une préoccupation majeure.

Pourtant, il existe des emplois pour lesquels aucune qualification technique particulière n’est requise. Un exemple en est le travail de manœuvre qui, paradoxalement, est un des plus difficiles à pourvoir, alors qu’il ne requiert que peu de compétences techniques. On peut se demander comment expliquer ce paradoxe. Cela rejoint un petit peu ce que disait mon collègue Bouchez tantôt : il y a des emplois et pourtant on ne trouve personne alors que l’on sait qu’il y a tout de même pas mal de demandeurs d’emploi.

Une des raisons de cette difficulté est à chercher parmi les lacunes comportementales que peuvent présenter certains demandeurs d’emploi. En effet, des codes de base coMme la ponctualité, le respect des consignes, l’observation des mesures de sécurité lorsque l’on travaille sur un chantier, par exemple, posent problème parce que non observés.

La difficulté n’est pas, bien sûr, uniquement liée à Région wallonne. Elle existe, par exemple, aussi dans la Région bruxelloise. À ce sujet-là, Actiris a réagi puisqu’ils ont mis en place des modules de travail dont l’objectif est de permettre justement aux jeunes chercheurs d’emploi, ayant entre 18 et 30 ans, d’acquérir justement ces fameux codes comportementaux en vigueur dans le monde professionnel et dont l’usage participe positivement à une insertion durable sur le marché du travail.

J’aurai donc deux questions à vous poser.

Établissez-vous également le constat suivant lequel la non-maîtrise des codes comportementaux tels que définis ci-dessus peut être un frein à l’engagement, voire même une raison de rupture de contrat ? Si votre réponse est affirmative, ne pensez-vous pas qu’à l’instar de ce que fait Actiris, on devrait peut-être mettre cela aussi en place ici en Wallonie au niveau du FOREm ?

Mme Tillieux, Ministre de l’Emploi et de la Formation. – Monsieur le Député, les dernières statistiques de la demande d’emploi, fournies par les services du FOREm, témoignent d’une amélioration à la fin janvier 2015. Ainsi, l’indicateur de la demande d’emploi s’élève à 13,6 % à cette période contre 14,5 % en janvier 2014. Cette baisse est d’autant plus marquée chez les demandeurs d’emploi demandeurs d’allocations et chez les jeunes en stage d’insertion puisque l’on observe, parmi eux, une diminution de plus de 14 000 personnes, soit une baisse de 6,6 % par rapport à janvier de l’année dernière.

Néanmoins, cette évolution encourageante ne doit absolument pas occulter le fait que le marché du travail en Wallonie reste intrinsèquement au cœur de défis tout à fait majeurs.

Les récentes analyses et les évaluations, menées par les centres de formation en alternance notamment, démontrent un décalage entre les codes comportementaux de certains apprenants et les attentes des entreprises. Ces hiatus, au niveau des compétences sociales, constituent effectivement un frein à l’engagement de ces jeunes et témoignent d’un réel besoin de formations de base et de travail sur les savoir-être et les aptitudes en milieu professionnel.

À ce titre, et pour apporter une solution concrète et durable à cette problématique, les centres de formation du réseau IFAPME et du FOREm intègrent, et cela dès le début du parcours de l’apprenant, une remise à niveau des codes de savoir-être directement en lien avec le monde professionnel. Les EFT et les OISP travaillent aussi sur les comportements professionnels avec leurs stagiaires.

Ainsi, au cours de ces différents modules, une attention particulière est portée sur le respect des horaires – cela, j’imagine que vous en savez un morceau, on l’a encore vu récemment – la présentation orale, mais également vestimentaire, le respect de l’éthique de l’entreprise.

Par ailleurs, pour répondre aux lacunes liées à la maîtrise des compétences de base, supposées acquises normalement à l’issue du cursus scolaire, ces centres de formation dispensent aussi des modules liés aux compétences fondamentales de français, de mathématique ou de commerce, par exemple. Figurent parmi ces formations de base, un module de droit qui étudie les aspects liés au contrat de travail, en ce compris les devoirs et obligations de chacune des parties dans une situation professionnelle.

La réussite de la première année de formation chef d’entreprise à l’IFAPME est ainsi notamment conditionnée à une évaluation positive du comportement du candidat. De cette manière, l’entreprise participe à l’évaluation de l’élève et contribue à établir un lien direct entre les compétences développées en centre de formation et les attentes au niveau du monde du travail.

Enfin et de manière plus générale, pour la plupart des formations qualifiantes qui sont dispensées au FOREm, des grilles qui reprennent les savoir-faire comportementaux génériques, c’est-à-dire ceux que l’on retrouve dans tous les métiers, ou bien spécifiques, c’est-à-dire ceux qui ne concernent que la profession considérée, sont utilisés par les formateurs pour pouvoir aborder ces aspects lors des moments d’évaluation qui sont des moments tout à fait personnalisés.

M. Henquet (MR). – C’est vrai que l’on peut se réjouir évidemment de l’évolution de la résorption du chômage des jeunes, vous le signalez.

C’est vrai que je l’ai constaté dans mon ancienne fonction, beaucoup de jeunes arrivent en retard, ne savent pas comment se comporter. Je ne leur jette pas la pierre parce que ce n’est pas tellement qu’ils ne veulent pas, mais c’est qu’ils ne savent pas. À partir du moment où l’on ne leur a pas inculqué chez eux, comment voulez-vous qu’ils reproduisent un comportement que l’on ne leur a pas appris, étant entendu que l’éducation procède par mimétisme essentiellement.

Donc, je suis content d’apprendre qu’effectivement, le FOREm place cela dans ses formations. Cela rejoint un petit peu ce que l’on a dit tantôt, je pense que, dans le futur, on devra mettre autant l’accent sur l’accompagnement individualisé, personnalisé des demandeurs d’emploi que sur la maîtrise d’une technicité spécifique pour décrocher un emploi.

Je pense que, si le FOREm le fait, il est dans le bon chemin.