Le soutien aux indépendants et aux PME

Question orale de M. Henquet à Mme Tillieux, Ministre de l’Emploi et de la Formation, sur « le soutien aux indépendants et aux PME »

3/02/2015

Henquet (MR). – Madame la Ministre, l’année 2014 aura été une année noire pour pas mal d’entreprises belges. En effet, on a comptabilisé pratiquement 11 000 faillites, ce qui fait de 2014 la deuxième année la plus noire que le pays ait connue.

Au-delà du constat, il est intéressant d’essayer de cibler les causes de ces faillites afin d’y remédier de la façon la plus pertinente qui soit.

Une étude intéressante, qui relève du Syndicat neutre pour indépendant, apporte certains éléments de réponse en donnant la parole, notamment, aux curateurs, puisque ce sont eux qui s’occupent des faillites. Ainsi, 245 participants ont accepté d’être dans l’enquête.

Selon eux, deux causes majeures sont mises en évidence.

Premièrement, selon 57 % des curateurs, les germes de la faillite sont présents dès le départ de la création de l’entreprise. En effet, on constate que la plupart des gens qui se lancent dans l’entrepreneuriat ont une méconnaissance du domaine et qu’ils mettent forcément à mal la prospérité de leur société. Généralement, ils se lancent comme indépendants sans avoir reçu aucune formation, que ce soit en termes financier, économique ou comptable, ce qui pose un sérieux problème. C’est pourquoi le SNI plaide pour que les compétences entrepreneuriales et financières soient stimulées dans l’enseignement primaire, secondaire et supérieur. De plus, il insiste sur l’importance d’une formation permanente, comme l’on en a dans d’autres secteurs, pour les entrepreneurs déjà établis.

Deuxièmement, 43 % des curateurs affirment que le deuxième point qui justifie ces faillites est dû à des entreprises qui sont déjà bien installées. La raison principale recoupe un peu la première évoquée, à savoir le manque de connaissances financières des gérants qui ne savent pas anticiper le moment critique dans lequel la société risque de passer, ne prévoient pas suffisamment de liquidités pour voir venir un choc un peu plus délicat.

Pour s’attaquer à ce problème, le SNI plaide pour que des comptables accompagnent activement les entrepreneurs durant un certain nombre d’années.

Je voulais vous poser deux questions. Quand on connaît l’importance des activités des indépendants et des PME pour la vitalité de notre Région et pour l’emploi en général, le rapport des curateurs vous interpelle-t-il ? Si oui, quelle stratégie comptez-vous mettre en place pour tenter d’y faire face ?

Un point plus particulier concernant les formations et formations continues : puisque l’on parle de formation, on parle d’enseignement, comme le suggère la SNI. Comptez-vous aborder la question avec les ministres responsables de l’École ? Si oui, vers quelle stratégie irait-on de préférence ? Trouvez-vous opportun de déjà intégrer des formations en primaire ou dans le secondaire ou vaut-il mieux attendre le supérieur ?

 

Mme Tillieux, Ministre de l’Emploi et de la Formation. – Monsieur le Député, le nombre de faillites constitue une donnée importante à prendre en compte dans l’état de santé de l’économie belge et wallonne. Les causes de faillites sont multiples et les analyses différentes selon les points de vue. Une chose est certaine, c’est que les conséquences sont dramatiques tant pour les personnes qui perdent leur emploi que pour l’indépendant qui perd souvent plus que son gagne-pain. Les conséquences sociales s’ajoutent aux conséquences économiques.

Par rapport à d’autres pays européens, nous avons depuis longtemps imposé, dans le cadre de l’accès à la profession, l’obtention d’un certificat d’accès à la gestion de base. Cependant, en fonction du niveau d’études, il n’est pas forcément nécessaire. On peut le déplorer.

Cette réglementation, pas davantage que celle relative au statut d’étudiant-entrepreneur, n’est pas de mon ressort. Néanmoins, de nombreuses initiatives existent en matière de sensibilisation à l’esprit d’entreprendre, dès le plus jeune âge, notamment Cap Ten dans le primaire, DREAM dans l’enseignement secondaire, 1-2-3 Go à partir de 18 ans, les minientreprises, j’entreprends@school et bien d’autres. L’ex-ASE, aujourd’hui AEI, a, en outre, coordonné le développement d’outils particulièrement pertinents en la matière.

Dans le cadre de la politique de l’Emploi et de la Formation professionnelle, plusieurs dispositifs ont été mis en place afin de soutenir les personnes qui se lancent dans l’aventure de l’entrepreneuriat ou de la reprise d’entreprise. Les centres de l’IFAPME proposent un parcours « formation chefs d’entreprise », mais également des formations continues à destination des entrepreneurs et managers, au même titre que le Centre de compétence en management et commerce. Ce dernier développe d’ailleurs un programme intitulé « AfterStart », axé sur des formations courtes, pratiques, à destination des entrepreneurs installés depuis moins de cinq ans.

Les Structures d’accompagnement à l’autocréation d’emploi – les SAACE – dont j’ai déjà eu plusieurs fois l’occasion d’exposer les excellents résultats, et notamment un taux de pérennisation des activités à trois ans de 70 %, permettent à un candidat de tester son activité « grandeur nature » avant de se lancer réellement.

Les chèques formation à la création d’entreprises soutiennent activement la formation et l’accompagnement du futur porteur de projet dans l’acquisition de compétences de gestion, de management, de communication, d’aspects juridiques ou autres, pendant une période allant d’un an avant l’installation jusqu’à six mois après celle-ci.

C’est pour contribuer à régler le problème de la sous-capitalisation de départ que le plan Airbag a été mis en œuvre pour les demandeurs d’emploi autocréateurs de leur emploi.

En bonne intelligence entre collègues du Gouvernement wallon et de la Fédération Wallonie-Bruxelles, une réflexion est aujourd’hui en cours dans le cadre de l’élaboration du futur plan Marshall 4.0 pour identifier les pistes de collaborations renforcées entre le monde scolaire, de l’animation économique et les opérateurs proposant une offre d’accompagnement, de formation, de financement aux porteurs du projet. Les prochains gouvernements conjoints seront des espaces d’échanges importants pour nous permettre de réussir la mise en place de passerelles que l’on souhaite pertinentes et efficientes au bénéfice de nos créateurs, entrepreneurs et repreneurs d’entreprises, créatrices d’emplois et de richesses.

 

Henquet (MR). – Merci pour toutes ces informations qui me rassurent. Je vous rejoins totalement quand vous dites que les conséquences d’une faillite sont dramatiques, pas rien que d’un point de vue matériel, pas rien que pour l’entrepreneur. Je vous rejoins dans les conséquences dramatiques, qu’elles soient financières ou sociales.

Merci aussi pour toutes ces formations qui existent au niveau de la Région wallonne ; compétences croisées, c’est bien. Le problème est peut-être l’information. Je constate souvent que, dans pas mal d’autres domaines, il y a des services pertinents qui existent, mais que les gens ne savent pas que ces services existent. C’est la grande question : comment faire en sorte que les gens puissent le savoir ? Je pense par exemple au médiateur où l’on avait dit : « Ce service existe, mais les gens ne le savent pas ». Un truc est, par exemple, qu’il suffit d’indiquer sur tous les documents administratifs l’existence de ce service, mais on ne va pas non plus écrire sur tous les documents qu’il existe telle ou telle aide pour aider à éviter de tomber en faillite.

Concernant la formation conjointe en école, c’est vrai que c’est extrêmement important, parce que c’est là que l’on peut susciter des vocations, faire se rendre compte aux élèves de la difficulté de lancer une entreprise – c’est pour cela que je vous avais posé la question. En école, beaucoup de professeurs sont pris par leur programme et il est toujours difficile d’amener d’autres thématiques qui sont intéressantes, mais qui sont chronophages.