Le métier de conseiller-emploi

Question orale de M. Henquet à Mme Tillieux, Ministre de l’Emploi et de la Formation, sur « le métier de conseiller-emploi »

 

06/01/2015

 

Mme la Présidente. – L’ordre du jour appelle la question orale de M. Henquet à Mme Tillieux, Ministre de l’Emploi et de la Formation, sur « le métier de conseiller-emploi ».

La parole est à M. Henquet pour poser sa question.

 

Henquet (MR). – Madame la Ministre, la fonction de « conseiller-référent », d’accompagnateur individuel des demandeurs d’emploi, connait aujourd’hui une crise d’identité et on a eu l’occasion d’en parler lorsque Mme Vanbockestal est venue dernièrement. Il est vrai que l’on estimait, il y a cinq ans, qu’il aurait fallu 624 conseillers pour réaliser les 150 000 entretiens individualisés par an pour aider tous les demandeurs d’emploi et ce chiffre n’a, en réalité, jamais été atteint. On estime, aujourd’hui, qu’il n’y a que 450 conseillers et cela ne va pas en s’améliorant.

Mme Vanbockestal expliquait cette frilosité par rapport à cette fonction par la pénibilité de la mission. En effet, les conseillers ont affaire à des publics de plus en plus divers et variés, difficiles et très éloignés du marché de l’emploi.

Ce métier demande donc de plus en plus de compétences, qu’elles soient économiques, sociales, juridiques ou psychologiques.

Aujourd’hui, il arrive que, parfois, certains conseillers ne sachent pas expliquer aux demandeurs d’emploi pourquoi ils n’ont pas droit ou pourquoi ils ont droit à leurs droits, simplement parce qu’il y a une méconnaissance de la situation, ce qui crée, évidemment, entre le conseiller et le demandeur d’emploi, une zone de tension.

Ce constat a amené Mme Vanbockestal a réclamé la professionnalisation du métier, ce qui paraît logique et elle souhaitait, en même temps, la création d’une formation conseiller-emploi en haute école, créer un nouveau régendat ou un nouveau bachelier. Ce projet nous semble légitime vu l’importance de la mission.

Il est vrai que j’ai envie de dire que c’est une bonne nouvelle pour le FOREm, puisqu’il est question, dans la DPR, en page 18, que le Gouvernement compte développer la fonction de conseiller-référant en tant que métier à part entière, en alliant les connaissances économiques, sociales et juridiques et il compte mettre en place aussi, au sein du FOREm, une formation en interne de conseiller et de mener une réflexion, avec la Fédération-Wallonie-Bruxelles, afin de tenir compte de la spécificité de ces métiers, voire même de pouvoir intégrer cela dans l’offre de formation initiale.

Vous-même, Madame la Ministre, vous l’avez signalé dans la presse, en disant que ce métier paraissait extrêmement difficile, qu’il fallait investir dedans. Il est vrai qu’il faut être un petit peu assistant social, il faut être hyper spécialiste des métiers et, surtout, il faut avoir une connaissance de tout l’arsenal juridique, disiez-vous, « la législation sur le chômage et l’emploi est terrible », je reprends vos propos. Tout le monde va dans le même sens. Il faut vraiment professionnaliser cette fonction de conseiller-référent.

On parle de 450 conseillers à ce jour au lieu de 624. Ce chiffre est-il toujours exact en janvier 2015 ou y a-t-il eu encore des défections  ? Auquel cas, cela met encore plus à mal la mission de ceux qui restent en poste.

Quel serait, en janvier 2015, le nombre souhaité pour répondre aux besoins du terrain suite, notamment, à l’exclusion du chômage de milliers de personnes décidée par le gouvernement Di Rupo ?

Où en est la collaboration avec la FWB afin de créer une filière « conseiller-emploi  » comme le prévoit la DPR ?

En attendant cette option, où en est le projet de formation en interne, tel que le prévoit également la DPR ?

D’ici là, quelles sont les mesures que vous comptez prendre afin de rendre, dès maintenant, ce métier attractif ? En effet, c’est une nécessité pour accompagner tous les demandeurs d’emploi.

Une partie des facilitateurs, chargés du contrôle des chômeurs, transférés de l’ONEM vers le FOREm seront-ils, comme le souhaite l’Administratrice générale, effectivement amenés à devenir conseillers  ? Si oui, combien parmi les 160 facilitateurs seront concernés ?

 

 

Mme Tillieux, Ministre de l’Emploi et de la Formation. – Monsieur le Député, lors du lancement de l’accompagnement individualisé, en 2010, le FOREm estimait qu’environ 530 conseillers-référents étaient nécessaires afin d’atteindre les objectifs fixés, soit accompagner annuellement environ 150 000 demandeurs d’emploi ciblés dans des délais de prise en charge raisonnables, c’est-à-dire environ d’un mois pour les jeunes et dans les quatre mois pour les autres demandeurs d’emploi et pouvoir assurer une moyenne annuelle de 4 heures 30 minutes d’entretien individuel par demandeur d’emploi accompagné. Le chiffre de 624 conseillers avait été annoncé auparavant par le FOREm sur la base d’estimations budgétaires beaucoup plus favorables, mais non réalistes.

Après différentes procédures de recrutement interne et externe pour compléter l’effectif de conseillers déjà en place, le FOREm assure, aujourd’hui, l’accompagnement individualisé grâce à un pool d’environ 450 conseillers-référents répartis dans les différentes sous-régions dans les maisons de l’emploi et dans les bâtiments du FOREm-Conseil.

Ce nombre est encore insuffisant, Mme Vanbockestal en avant fait part lors de son exposé, et le FOREm étudie différentes possibilités afin, dans le contexte budgétaire difficile que nous connaissons, de renforcer cette fonction essentielle.

Dans le cadre de la sixième réforme de l’État, une des pistes explorées consiste effectivement à orienter une partie des facilitateurs transférés de l’ONEm vers la fonction de conseillers-référents. Il est encore trop tôt pour avancer combien de postes pourraient être dégagés de la sorte, car cela dépendra des mécanismes qui seront proposés par le FOREm pour organiser le contrôle de la disponibilité des chômeurs de manière plus humaine, plus transparente et moins mécanique que cela n’était le cas au Fédéral.

Par ailleurs, le FOREm procède, actuellement, à une estimation des ressources qui seraient nécessaires à l’accompagnement des nouveaux publics qui s’adressent ou vont s’adresser à lui dans le cadre des nouvelles mesures de réforme du chômage. Cet exercice complexe fera l’objet d’une discussion avec le Fédéral, notamment dans le cadre de la négociation du prochain accord de coopération relatif au suivi et à l’accompagnement des chômeurs.

Enfin, afin de soutenir les conseillers-référents et leur permettre de remplir leurs missions aussi essentielles pour les demandeurs d’emploi que difficiles à exercer, le FOREm a, dès la mise en place de l’accompagnement individualisé, entamé un parcours de professionnalisation des conseillers-référents qui combine modules de formation initiale et continuée, outillage et soutien à l’encadrement de proximité.

Cette dynamique est essentielle et le Gouvernement entend soutenir les démarches du FOREm dans la création d’un centre de ressources internes qui visera à consolider la formation initiale et continuée des métiers de base du FOREm, c’est-à-dire, précisément, les conseillers-référents et les formateurs. Dans cette perspective, des collaborations pourront être mises en place avec l’enseignement pour élaborer des modules de formation pour les conseillers ou intégrer les réalités de ces métiers dans les filières sociales de l’enseignement.

 

 

Henquet (MR). – Même si l’on sait qu’il y a 160 facilitateurs qui passeront de l’ONEm vers le FOREm, même si on les additionne à 450, on n’arrive toujours pas au nombre de 624 qui était souhaité pour pouvoir encadrer les demandeurs d’emploi et je parle de cela d’il y a 5 ans.

Aujourd’hui, avec le nombre de demandeurs d’emplois supplémentaires qui vont débarquer, je pense que l’on n’arrivera pas à les encadrer.

Je pense que c’est une mission fondamentale et je voudrais revenir à cette collaboration avec la Fédération Wallonie-Bruxelles. Il est vrai que nous avons évoqué la création d’un nouveau cursus en Bachelier en 3 ans. Je pense que, si l’on mise là-dessus, les demandeurs d’emploi vont encore attendre quelques années, quelques décennies avant d’avoir des facilitateurs et, en tous cas, des accompagnateurs qui seront efficaces.

Si je peux me permettre une solution, une proposition, un conseil. Il existe dans l’enseignement secondaire de qualification, en qualification technique, ce que l’on appelle les animateurs sociaux ou ce que l’on appelle aussi les éducateurs qui sont non spécialisés, puisque le métier d’éducateur, c’est une spécialisation A1 ou A2, niveau humanités.

Je pense que si l’on veut être efficace – c’est quand même cela le but de la politique, c’est de pouvoir être efficace par rapport aux gens qui en ont besoin – il y aurait possibilité relativement facilement, plutôt que de créer un nouveau cursus de trois ans dans l’enseignement supérieur, d’aménager les plages horaires des élèves qui suivent une qualification technique, ces options d’animateur social ou bien d’éducateur, parce que le cursus est créé. Il suffirait simplement de spécialiser, en fonction des demandes du FOREm, et de pouvoir créer cette formation qui serait, à mon avis, beaucoup plus efficace et beaucoup plus rapide que si l’on doit miser sur la création d’un nouveau baccalauréat.