Le FOREm bride l’intérim

Question orale de M. Henquet à Mme Tillieux, Ministre de l’Emploi et de la Formation, sur «le FOREm bride l’intérim »

24-03-2015

M. Henquet (MR). – Je ne suis pas toujours d’accord avec M. Drèze, mais je pense qu’il a bien résumé la situation. Donc je ne vais pas m’amuser à répéter tout ce qu’il vient de dire.

Je vais simplement ajouter un petit élément. C’est vrai que pour les agences d’intérim cela devient extrêmement difficile de consulter les CV parce qu’avec cette restriction, forcément, si la proposition d’offre ne correspond pas à la proposition de demande, le logiciel ne parvient pas à cibler les CV qui seraient disponibles pour celui qui recherche l’emploi. Par exemple, si l’on est recensé sous « commercial interne » et que l’employeur recherche un employé commercial, on a deux fois le commercial, mais les données ne se croisent pas. Le CV n’apparaît pas, ce qui provoque un problème au niveau du fait de pourvoir à des emplois. C’est relativement paradoxal en cette période où la remise au travail des chômeurs qualifiés doit être prioritaire, forcément.

Donc c’est vrai que la personne du FOREm a parlé de « cannibaliser » les CV en ligne. Si un jour on la rencontre, on pourra lui demander quelle est la portée sémantique exacte de son expression.

Sans doute, sont-ce là des éléments importants, parce que l’on avançait le fait aussi qu’il fallait protéger la vie privée, ce qui était important, mais cette mesure est-elle pertinente dans la mesure où cela s’accompagne automatiquement d’une diminution des offres d’emploi ?

À une question similaire que je vous posais sur le secteur intérimaire le 6 janvier dernier, vous déclariez que le Gouvernement wallon restera naturellement attentif à l’évolution du secteur. On parle bien du secteur intérimaire, et vous ajoutiez : « Il est évident que rien ne doit venir pervertir les missions fondamentales et essentielles du secteur de l’intérim ». Je pense qu’ici le « rien » ne tient plus la route puisque forcément, un élément vient perturber justement l’accès aux CV pour les entrepreneurs et ceux qui offrent de l’emploi.

Comme on l’a signalé, Actiris et le VDAB n’ont pas modifié ce point dans leur politique respective et donc aux questions que M. Drèze a posées, je voudrais savoir quelle est votre position par rapport à cette thématique.

Il paraît que le FOREm dit que le système n’est toujours pas opérationnel à 100 %, je voudrais donc savoir quand il le sera.

Mme Tillieux, Ministre de l’Emploi et de la Formation. – Madame la Députée, Messieurs les députés, en ce qui concerne l’accès aux CV en ligne, la démarche entreprise par le FOREm, depuis novembre 2013, est très simple et similaire à celle déployée par les autres services publics de l’emploi : le VDAB et Actiris.

À la base, le FOREm proposait à toute personne la possibilité de déposer un CV en ligne et à toute entreprise qui s’enregistrait d’avoir accès à l’ensemble des CV.

Suite à un certain nombre d’abus constatés, le FOREm a dû développer des principes de précaution – comme les autres services publics d’ailleurs – qui donnent de meilleures garanties quant à l’usage approprié des CV. Fait partie de ces principes de précaution, l’identification des utilisateurs avant que leur soit donné l’accès aux CV complets et aux coordonnées complètes des candidats qui correspondent aux compétences recherchées.

Tout utilisateur du site Internet du FOREm peut néanmoins toujours avoir accès à tous les CV en ligne résumés, dépourvus des coordonnées des candidats.

Ainsi, l’accès aux CV en ligne détaillés est à présent réservé aux entreprises qui recherchent des compétences sur la base d’un emploi disponible. Cette première barrière de sécurité permet aussi au FOREm de poursuivre sa mission de service public envers les demandeurs d’emploi et de leur proposer des emplois vacants. En effet, si les entreprises ne visibilisent plus leurs offres, le marché de l’emploi s’opacifie.

Par ailleurs, les entreprises ont accès aux CV qui correspondent aux compétences qu’elles recherchent. Cette disposition vise à soutenir l’impact de la première mesure qui tend à éviter le dépôt d’offres quelconques, voire fictives, pour avoir quand même accès à tous les CV et à faciliter la recherche en proposant directement une correspondance offre-demande.

La première disposition a été déployée en novembre 2013, la seconde, pour des raisons techniques, n’a produit ses effets qu’en février 2015.

Par rapport aux réclamations exprimées par certaines agences de travail intérimaire, il faut garder à l’esprit que, à l’origine, le produit a été pensé pour les agences de recrutement et non pour les entreprises. Les agences ne travaillent pas nécessairement à partir d’opportunités d’emploi concrètes, mais constituent des réserves de recrutement en permanence, sans qu’un emploi précis ne soit identifié. Les critiques reçues proviennent essentiellement de petites agences qui ne disposent pas de bases de données très fournies.

La première évaluation de ces nouvelles dispositions a posé un problème de périmètre des CV communiqués. En effet, l’entreprise ne reçoit que les CV qui correspondent exactement au métier demandé alors que d’autres profils périphériques pourraient l’intéresser. Un nouveau développement est en cours pour pouvoir élargir ce périmètre.

Pour conclure, le FOREm prendra les dispositions pour mieux informer les agences de recrutement, et plus particulièrement les petites structures, et expliquer les limites d’un outil comme le CV en ligne, mais aussi la meilleure façon d’en utiliser le potentiel.

L’expérience de ces derniers jours montre que le dialogue direct qui a pu être déployé avec les entreprises de travail intérimaire aboutit, généralement, à rapprocher les points de vue et, surtout, les convergences, et à rendre plus visibles les complémentarités qui sont des atouts pour permettre un fonctionnement plus optimal du marché de l’emploi.

Le FOREm a d’ailleurs développé de nombreuses collaborations avec les agences d’intérim ; ce qui a notamment permis à ces dernières de travailler par flux et d’avoir un accès direct pour déposer leurs offres sur le site web du FOREm, de recevoir les sorties de formation par métier et de participer à des jobdatings ; ce qui se fait régulièrement.

 

M. Henquet (MR). – Vous dites, Madame la Ministre, qu’un certain nombre d’abus ont été constatés. D’après mes informations, je pense que l’on a recensé quatre cas entre 2008 et 2013. À la lecture de ces chiffres, on se demande donc si, finalement, il n’y a pas une disproportion assez grande entre les « forfaits » constatés et la médication proposée.

De plus, il est vrai que cette restriction a été mise en place en mars 2015, alors que les abus ont été constatés jusqu’en novembre 2013. On se dit qu’entre novembre 2013 et la restriction en mars 2015, il y a 17 mois qui se sont écoulés. Je me dis que, si vraiment c’est un problème majeur, il fallait le mettre en place directement, plutôt que d’attendre ce laps de temps qui est relativement important.

Troisième élément, vous dites qu’il y a une grande collaboration entre l’intérim et le FOREm, je pense que c’est vrai et c’est important, parce que l’intérim est fondamental. Beaucoup de jeunes commencent à trouver un emploi par le secteur intérimaire. C’est, d’ailleurs, le premier pourvoyeur d’offres du site du FOREm. Peut-être manque de courtoisie de la part du FOREm, je pense que le secteur intérimaire n’a pas été prévenu de cette restriction, sauf système informatique.

Sur le fond, il est vrai qu’il y a à peu près 20 000 CV qui sont recensés sur le site du FOREm, ce qui concerne plus ou moins 10 % du nombre de chômeurs. Je pense donc que le service devrait essayer d’évoluer pour pouvoir, justement, recenser beaucoup plus de personnes qui sont en demande d’emploi. Je pense que ce système-là, de toute façon, il est un peu désuet, obsolète et qu’il faudrait sans doute trouver un système informatique plus moderne, plus interactif avec les autres régions, mais je ne doute pas que l’on en reparlera dans les jours qui suivent.