Conseillers pédagogiques – Aides aux professeurs et directeurs

Question de M. Laurent Henquet à Mme Joëlle Milquet, vice-présidente et ministre de l’Éducation, de la Culture et de l’Enfance, intitulée « Conseillers pédagogiques »

Question de M. Laurent Henquet à Mme Joëlle Milquet, vice-présidente et ministre de l’Éducation, de la Culture et de l’Enfance, intitulée « Aide aux professeurs et directeurs »

27/01/2015

 

Mme la présidente. – Ces questions sont jointes.

M. Laurent Henquet (MR). – Mes questions s’appuient sur votre entretien dans Le Soir du 7 janvier 2015. C’est là que j’ai découvert le Pacte de l’excellence. Nous savons qu’il s’agit d’un processus participatif. Mais n’aurait-il pas été plus opportun de nous donner l’occasion d’en débattre au préalable et d’éviter ainsi une série de questions sur ce pacte ?

Je voudrais d’abord vous interroger à propos des conseillers pédagogiques. Décrivant l’enseignement comme étant la première urgence francophone, vous proposez plusieurs pistes de solutions aux problèmes que rencontre notre école aujourd’hui. Parmi celles-ci, vous mentionnez l’amélioration du parcours pédagogique de l’élève durant tout son cursus, et ce grâce à « des transitions mieux vécues, un accompagnement plus personnalisé avec des méthodes nouvelles, des équipes de remédiation ».

Pour réaliser ce programme, il faut des équipes pédagogiques qui se sentent soutenues et accompagnées. À cet égard, le rôle des conseilleurs pédagogiques est essentiel car, depuis de nombreuses années maintenant, l’inspecteur traditionnel s’est peu à peu transformé en guide pédagogique, vecteur d’information et de formation. Plus personne ne nie, aujourd’hui, l’importance de la formation continuée. Les conseillers pédagogiques en sont un maillon fondamental.

Malheureusement, les décisions budgétaires ne semblent pas aller dans le sens de cet investissement pédagogique. Comment comptez-vous « renforcer le rôle de soutien et d’accompagnement que peuvent jouer les conseillers pédagogiques alors qu’aucun investissement supplémentaire n’est prévu dans ce domaine en 2015 » ?

J’en viens à ma deuxième question. Dans ce contexte où l’école francophone est présentée comme la première urgence, vous avez attiré l’attention sur le nécessaire soutien aux professeurs et aux directions. En ce qui concerne les premiers, vous citez les nouveaux outils informatiques permettant un meilleur accès à la connaissance, aux bonnes pratiques et aux expériences de terrain porteuses. Quant aux directions, vous dites souhaiter améliorer le soutien et l’accompagnement du management pour que les directeurs puissent se consacrer davantage au leadership pédagogique.

Sur le plan de l’aide à apporter aux professeurs, de nombreux outils existent déjà : sites Internet : « enseignons.be », etc. Toutefois, vous sous-entendez que l’accompagnement n’est pas suffisant. Quel projet novateur souhaitez-vous donc mettre en place précisément pour permettre ce partage de pratiques pédagogiques positives de façon plus efficace ? Quant au soutien des directeurs, quelles tâches administratives, au sens large, allez-vous supprimer pour qu’ils puissent consacrer plus de temps aux missions pédagogiques ? Sachant que les budgets sont plutôt étriqués, comment comptez-vous dégager les moyens nécessaires pour atteindre votre objectif ?

 Mme Joëlle Milquet, vice-présidente et ministre de l’Éducation, de la Culture et de l’Enfance. – Nous pourrons mener plus longuement ce dé- bat dans quinze jours lorsque nous présenterons le pacte en bonne et due forme. Nous évoquerons notamment l’importance des conseillers pédagogiques, le renforcement de leur rôle et les profils requis.

En effet, il ne suffit pas de détacher un professeur et de le nommer conseiller pédagogique. Il faut d’abord définir les missions du conseiller pédagogique et établir les formations spécifiques qui doivent être dispensées. Il en va de même pour ceux qui sont chargés de former les formateurs. Si l’enseignant n’entrevoit pas une plus-value dans la fonction de conseiller pédagogique, il abandonnera la démarche.

Il est aussi important de réfléchir à l’évolution du rôle de l’inspection. Autant nous devons disposer de personnes qui fassent respecter les règles de financement ou de sécurité de manière régalienne, autant l’inspection classique doit évoluer vers un rôle d’audit de qualité qui permette une évaluation participative avec l’équipe pédagogique afin de voir comment améliorer les choses, soutenir et conseiller le personnel enseignant sans le stigmatiser. Peut-on encore faire une dictée si le règlement ne la prévoit plus ?

Comme vous, je constate que l’accompagnement fait défaut. La formation initiale doit être améliorée et la formation continuée renforcée et transformée. Il faut revoir le nombre d’heures prestées, la cohérence avec le projet d’établissement, les thématiques principales et l’organisation. Aujourd’hui, la formation à tous les métiers évolue de manière constante, rigoureuse et importante. Il faut examiner comment on peut augmenter le volume des formations continuées, notamment en début de carrière.

Outre l’accompagnement pédagogique, nous devons nous pencher sur l’accompagnement des établissements, surtout ceux qui en ont le plus besoin. Il est également important que les enseignants aient un meilleur accès aux bonnes pratiques grâce à des politiques d’agrément, à un site centralisé favorisant l’accès aux données et permettant aux enseignants créatifs de développer leurs projets. Les bonnes pratiques doivent faire partie de la formation continuée, ce qui n’est pas toujours le cas.

L’investissement dans les acteurs de terrain est un élément fondamental pour renforcer la qualité de l’offre.

M. Laurent Henquet (MR). – Ce matin, Mme Zrihen a insisté sur la cohérence nécessaire entre la déclaration de politique communautaire et le pacte. J’avais ajouté qu’un troisième élément, à savoir le budget, était primordial. En effet, on peut avoir les meilleures intentions du monde, si l’on ne dispose pas du budget pour les réaliser elles n’aboutiront pas.

Cet aspect m’inquiète un peu car la formation continuée est très importante et la qualité des conseillers pédagogiques est fondamentale. En effet, nous avons constaté que certains conseillers pédagogiques mal formés échouaient lorsqu’ils dispensaient une formation. Il est arrivé que des enseignants s’en aillent à la moitié de la formation.

Je regrette que le budget de six millions d’euros alloué en 2014 pour les conseillers pédagogiques soit raboté de 110 000 euros.

Mme Joëlle Milquet, vice-présidente et ministre de l’Éducation, de la Culture et de l’Enfance. – Ce sont les frais de fonctionnement. C’est là qu’il faudra accepter de faire des transferts dans l’enveloppe pour investir aux endroits où c’est nécessaire.

M. Laurent Henquet (MR). – Vous devrez réadapter les budgets.

Mme Joëlle Milquet, vice-présidente et ministre de l’Éducation, de la Culture et de l’Enfance. – En tout cas, le budget de la formation continuée doit augmenter.

M. Laurent Henquet (MR). – Vous avez dit que le rôle des inspecteurs ne devait plus être de sanctionner. Depuis 2007 et la réforme de l’inspection, cette vision n’existe plus. Ils viennent dans les écoles pour conseiller ou élaborer un processus d’accompagnement d’un professeur qui serait en difficulté. On n’a plus du tout la vision d’un inspecteur qui va dans les écoles pour sanctionner. De même, les inspecteurs ne s’amusent plus à contrôler les comptes et les listings. Ce sont des vérificateurs qui sont chargés de ces contrôles. Il y a peut-être eu confusion à ce sujet.

Mme Joëlle Milquet, vice-présidente et ministre de l’Éducation, de la Culture et de l’Enfance. – Non. Ce n’est pas parce qu’on inscrit certains éléments dans un décret que les pratiques et les ressentis changent. Il faut vraiment procéder, dans les faits, à un véritable audit de qualité.

M. Laurent Henquet (MR). – J’ai vu une nette évolution. Auparavant, quand les inspecteurs arrivaient dans les écoles, les professeurs paniquaient. Aujourd’hui, on les remercie parce qu’ils ne viennent plus dans l’optique de sanctionner mais, surtout, pour aider et conseiller. Cela fait certainement sept à huit ans que les choses ont changé.